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Extrait d’un texte inedit de Baranoff Rossiné (1916) :

L’Optophonie

Depuis longtemps déjà, les artistes ont cherché à associer les perceptions de plusieurs de nos sens pour que nous éprouvions l'intégration de sensations simultanées, modifiées dans le temps suivant un rythme concerté, une impression artistique particulière. Rappelons les essais de simultanéisme optico-sonore faits jusqu'à présent

A la fin du XVII siècle, un philosophe assez connu comme Eckhardthausen a essayé de transcrire les chansons populaires en composition colorée.

En 1734, un mathématicien, l'abbé Castel, tentait de faire un concert optophonique au moyen de disques colorés apparaissant au-dessus d'un clavecin à chaque touche correspondait un disque. Ce procédé peut servir à caractériser la traduction alphabétique de la musique par la couleur, qui s'exprime également par la fantaisie d'Arthur Rimbaud : A = noir, E blanc, I = rouge, U = vert.

Après l'abbé Castel, nous trouvons de nombreuses tentatives de ce genre : par le peintre Tchourlionis en Finlande, François Kupka en Tchécoslovaquie (1912), Léopold Sturzwage (cf. e Les soirées de Paris», juillet et août 1914), Arthur Ciaceli en Italie, le mouvement des musicalistes à Paris, Viking Eggeling en Suède, Hans Richier à Berlin, Blanc-Gatti à Paris (1922), les grands concerts optophoniques en 1922 au Grand Opéra de Moscou et au théâtre Meyerhold, Wilfred en Amérique en 1925, Z. Peschanek à Prague. qui ont opéré au moyen de projections colorées, déclenchées par des leviers ou des contacts. Certains effets obtenus ainsi sont assez agréables, mais les résultats artistiques insuffisants. C'était des rayons colorés et non des couleurs.

Le simultanéisme théâtral trouve son expression la plus simple dans l'opéra. Cette forme est Si ancienne qu'on n fait même plus attention aujourd'hui qu'il y a là une superposition. Seuls certains futuristes modernes s'élèvent contre un tel mélange, prétendant que chaque art doit se suffire à lui-même. L'essai le plus complet qui ait été réalisé dans cette voie date des environs de 1895. Un poète français, P.N. Roinard, fit exécuter un drame assez étrange dans lequel le sentiment fondamental de chaque tableau était symbolisé à la fois par une couleur, une fleur, un parfum. Le «Théâtre d'art » n'a pas eu de suite. Plus près de nous, la Loië Füller a réalisé de merveilleux effets scéniques au moyen de jeux de lumière colorée, combinés avec des ensembles chorégraphiques. Rappelons enfin que de grands artistes tels que Léonard de Vinci, Jean Sébastien Bach, Skriabine, ont été tentés par l'association de la musique et de la couleur.

Le piano optique de Baranoff Rossiné, projetant dans l'espace ou sur un écran des couleurs et des formes mouvantes et variées à l'infini, dépendant absolument, comme dans le piano sonore, du fonctionnement des touches. Tous les chercheurs précédents n'avaient pu le décomposer dans ses éléments intimes : il est en effet tout à fait arbitraire de vouloir traduire une note musicale par une couleur déterminée.

A = noir, E = blanc, DO = violet, RÉ indigo... fantaisie de poète. Hautbois = vert, Flûte = bleu, Trompette = rouge, ce sont là des rapprochements purement littéraires qui, même exacts, sont incapables d'émouvoir. Nous avons entre le son et la lumière des accords autrement précis, tirés de leur structure même : dans une composition musicale nous distinguons en effet les trois éléments fondamentaux suivants : l'intensité sonore, la hauteur du son, le rythme et le mouvement. Ce sera l'un des mérites de Baranoff-Rossiné d'avoir su extraire ces éléments de la musique pour les rapprocher d'éléments semblables existant ou pouvant exister dans la lumière.

Les recherches ont d'ailleurs permis d'en trouver d'autres aussi simples. Il ne faut pas confondre le piano optique avec les effets lumineux des Saphites, orgues lumineux, projections colorées. Ce sont des instruments primitifs et incomplets, donnant un nombre restreint de rayons coloris, et non des couleurs. Le piano optique de Rossiné produit des couleurs lumineuses, variées à l'infini, simultanément unies avec des formes abstraites et concrètes (ornements et images) en état statique et dynamique, successifs et simultanés. Tous ces résultats d'ailleurs peuvent être augmentés par le développement de la technique du pianiste. La qualité de la couleur lumineuse est au-dessus de tout ce qu'on a imaginé aujourd'hui. Les formes et les couleurs sont plus riches que dans un kaléidoscope et leur choix dépend de la volonté du joueur; le cadre de projection peut être varié à l'infini. Grâce à son piano optique, Baranoff-Rossiné a créé un art nouveau ayant par conséquent son unité propre. Il ne s'agit donc pas de superposer un phénomène à un autre phénomène purement et simplement.

(On a respecté la rédaction à la troisième personne de ce texte autobiographique.)

Creation de la première academie optophonique par Baranoff Rossiné Paris (1928)

Copyright © Dimitri Baranoff Rossiné 1997